4 mai 2022

Portrait de résidence: Serge Lipszyc (Cie du Matamore)

Interview de Serge Lipszyk représentant la compagnie du Matamore réalisée lors de la résidence pour la pièce UN PLATONOV. Cette création sera présentée le 13 et 14 mai à 20h au Point d’Eau.

Présentez-vous et la compagnie en quelques mots

Je suis metteur en scène et comédien, mais principalement adaptateur sur cette pièce. J’ai créé la compagnie du Matamore en 1986. C’est un collectif, soit une compagnie d’acteurs qui m’ont accompagnés en région parisienne, en Bourgogne, en Corse, etc. Depuis 2016, je suis installé en Alsace et nous avons créé ensemble: Sauvage (photo ci-dessous), York et enfin Un Platonov.

Quelles problématiques sont retrouvées dans Un Platonov ?

Platonov est une pièce qui a été écrite à l’âge de 18 ans par Tchekhov. C’est une pièce de jeunesse dans laquelle des jeunes gens sont en manque de repères. On y retrouve des problématiques liées autour de Tchekhov, son rapport avec les femmes, l’amour et les histoires qui se ratent. On y retrouve également le rapport intergénérationnel, la spoliation et la relation avec les pères. Le titre original de la pièce est d’ailleurs traduit par « l’absence de pères ».

Quelle adaptation et quel message souhaitez-vous faire passer à travers ce spectacle ?

Enormément de metteurs en scène se servent de cette pièce comme matériau de théâtre. Avec Valérie Durin, nous avons co-adapté cette œuvre et avons choisi de la nommer Un Platonov pour se détacher de la pièce d’origine. En effet, elle est le fruit d’une réduction de 2h30 d’un texte de 8h30.

Concernant Tchekhov, il a vraiment révolutionné le théâtre en mettant en scène la vie telle qu’il la voyait et l’entendait, très proche de l’univers cinématographique. Il détient un regard bienveillant envers l’humanité, une certaine acuité sur le monde. Il nous met en scène et projette sur le spectateur un effet cathartique. Celui-ci se questionne: « On a tout pour bien vivre mais on vit mal ». C’est d’une complexité abyssale, ce qui me passionne. Sur ce texte, on travaille sur l’humain et on est constamment remis en question.

En tant que metteur en scène, mon travail consiste à avoir le recul nécessaire et d’essayer d’atteindre le minimum juste. Le spectateur doit démêler tout ce qui se dit car les mots disent parfois le contraire de ce que l’on exprime. Au fil du spectacle, celui-ci va s’identifier auprès d’un ou plusieurs des personnages. C’est une réelle chambre d’écho de ce que l’on est.

Pour résumer, le grand message qui est donné est de venir écouter des poètes qui nous grandissent. C’est ça le théâtre !

Quelle technique est mise davantage en valeur dans cette résidence ?

Dans cette pièce, il y a 14 acteurs au plateau: c’est très rare et très difficile à mettre en mouvement, en scène et en connexion. Cela ne se joue qu’ensemble et il est nécessaire d’avoir un esprit de partage et de troupe.

Sur le jeu d’acteurs, la technique se présente comme « apprendre à désapprendre ». Elle exige aux acteurs d’être au service du vide. Il ne faut pas chercher à jouer ou à être dans un processus de démonstration. Il faut laisser le texte s’infuser et être dans le moment présent. En terme de technique, ça m’intéresse de convoquer et d’amener les acteurs sur un jeu qui s’efface et qui est en réalité le jeu le plus sensible. On pourrait croire qu’il ne se passe rien mais il se passe beaucoup de choses.

Depuis quand êtes-vous dans ce processus de création et pourquoi avoir choisi le Point d’Eau comme lieu de résidence ?

On a commencé à faire Un Platonov avant le Covid. C’était notre projet avant York, de Shakespeare. Entre-temps, on a réussi à le fabriquer et a le terminer. Nous avons un vrai passé commun de troupe, avec un temps réduit certes mais on est ensemble.

Avec le Point d’Eau, on s’est choisi ensemble. Je remercie toute l’équipe du Point d’Eau car cela fait un petit moment qu’on travaille ensemble. Par rapport à cette dynamique de collectif, Gérald (directeur du Point d’Eau) nous a beaucoup accompagné sur nos précédents projets. C’est un choix de partager des choses ensemble et je trouve qu’il y a une belle écoute. Dans le cas de cette résidence, on a mis en place des choses qui sont en adéquation avec notre acte d’engagement. C’est un travail qui ne se fait pas seul, on a besoin d’être accompagné auprès de structures.

Je trouve que la résidence c’est l’histoire d’une aventure humaine, créant du lien et du sens. Le théâtre peut vraiment créer des outils de vie !

Résumer la résidence en 1 mot

Un partage à deux (entre une équipe qui nous accueille et une équipe qui arrive).

Portrait réalisé par Eva Laubacher