15 février 2022

Portrait de résidence : Le Veilleur – (ÂME) SOEUR

Interview de Giuseppina Comito (gauche) représentant la compagnie Le Veilleur avec Marion Bouquet (droite) réalisée lors de la résidence pour la pièce (ÂME) SOEUR. Cette création sera présentée le 17 février à 14h30 au Point d’Eau lors d’une sortie de résidence (ouverte uniquement aux professionnels).

Présentez-vous en quelques mots

Je suis metteuse en scène de la pièce (ÂME) SOEUR et directrice de la compagnie Le Veilleur. A mes côtés, se trouve Marion Bouquet, autrice de la pièce et co-directrice artistique de la compagnie. En 2017, nous avons décidé de créer la compagnie Le Veilleur en Alsace suite à nos études au Conservatoire de Colmar. Nous nous sommes rencontrées au lycée ainsi que la plupart des comédiens de la compagnie. Un lien fort s’est créé entre nous et plus particulièrement avec la région Grand Est.

Du côté de la mise en scène et de la dramaturgie, je suis accompagnée d’Esther Meunier Corfdyr, qui est une danseuse et chorégraphe incroyable. Cette rencontre a été déterminante pour réaliser ce rêve. Nous sommes chargées, pour ma part de la mise en scène et pour Esther, de la mise en corps.

5 ans depuis l’initiation de notre projet, nous sommes très heureus(e)s et enfin prêt(e)s à le réaliser !

Depuis quand êtes-vous dans ce processus de création ?

Nous sommes dans notre dernière semaine de création depuis l’initiation du projet en 2017. On a rêvé la compagnie à la base avec ce projet, qui est une vraie recherche théâtrale. Après 5 ans de travail et un passage décisif en résidence en décembre dernier à La Chartreuse (Avignon), j’ai ressenti que « tout le monde était présent dans mon rêve ». En effet, le spectacle a abouti à mes espérances. Les interprètes ont atteint cet endroit de l’inconscient qui permet de communiquer avec les autres corps. C’est particulièrement cela qui m’intéressait.

Le projet est assez monstrueux car il prend en compte 12 personnes, dont 6 interprètes et 6 collaborateurs. Nous travaillons avec une éclairagiste,  Estelle Cerisier ainsi qu’un compositeur (son), Thomas Billey, qui réalise une prestation de musique électro en live. Nous collaborons également avec une styliste de mode qui m’aide pour la direction des costumes car je suis très inspirée par l’image et la mode. Nous avons également une scénographe et metteur en scène. J’ai le désir avec (ÂME) SOEUR de développer une recherche théâtrale très physique qui est très proche d’une interprétation de danseurs mais j’ai quand même besoin d’acteurs pour la réaliser.

Quel est l’objet de cette résidence (au Point d’Eau) ?

Nous recherchons des choses jamais vu en théâtre et c’est pour cela qu’on réalise ce projet.

Nous nous sommes également focalisé sur une recherche humaine. Je me suis retrouvée à un endroit d’essoufflement en tant que spectatrice. C’est une question qui peut se transposer à divers domaines: comment faire ce qu’on aime avec les outils qu’on a ? Comment le transmettre ?

C’est également basé sur la création. Nous avons les outils du théâtre et une grande équipe de collaborateurs, c’est incroyable !

D’où provient cette inspiration pour créer et plus particulièrement pour ce spectacle ?

J’ai tout de suite rencontré au Conservatoire et au lycée, le groupe avec lequel je travaille. Nous sommes très soudés, et souhaitons vraiment créer quelque chose ensemble. Le fait de monter cette compagnie nous a fédéré dans un projet où nous savons qu’on peut travailler ensemble.

C’était le projet, surtout pour Marion et moi, où on a immédiatement ressenti qu’on pouvait travailler ensemble, en tant que porteuses de projet, entrepreneuses, artistes, comédiennes et metteuses en scène. Nous décidons de changer les rôles selon le projet qu’on entreprend. Cela nous permet de s’accompagner sur un chemin de création et de se voir grandir l’une et l’autre. (ÂME) SOEUR reprend vraiment le thème suivant : comment s’aimer dans notre monde actuel ?

Quel message voulez-vous faire passer à travers ce spectacle?

L’objet de ce spectacle questionne le mythe mystérieux de l’âme sœur. Nous suivons 6 amis d’enfance qui vont essayer de s’aimer et construire des relations les uns avec les autres… Cela devient catastrophique quand un inceste frère/sœur a lieu.

Nous sommes parties de la pièce « Dommage qu’elle soit une putain » de John Ford, qui défend cet amour incestueux, représentant l’amour le plus pur. C’est une pièce remplie de problématiques sociales, religieuses et politiques. Cela conditionne nos opinions sur la question du mythe de l’âme sœur. D’après le mythe de Platon, il n’y en aurait qu’une. Nous remarquons également qu’on se situe à un endroit de notre existence qui requestionne notre façon de vivre une relation amoureuse et sexuelle. Marion et moi, nous sommes de grandes amoureuses. Dans ce projet plus particulièrement, on se rend compte que toutes les façons dont on avait de vivre jusqu’à présent sont réinventées. Quel est le nouveau mythe de l’âme sœur ? Je pense notamment à des études de sociologie et à l’utilisation de toutes ses applications: quel est l’impact de cette marchandisation ? L’âme est-elle vraiment divisé en deux ou en plusieurs morceaux ?

Ce idée de complémentarité est une piste que nous voulions exploiter. Toutes ces questions sont non-explicites dans la pièce. Elles sont véhiculées par exemple, via le dialogue entre le personnage du frère et de la sœur, sous forme de poème et mises en texte par l’autrice de la pièce, Marion.

Quelle technique ou compétence en particulier est mise davantage en valeur dans cette création/résidence ?

La particularité de la pièce est notre collaboration, comme dit précédemment avec un compositeur (son) et une éclairagiste. Pendant 1h20, nous sommes face à une réelle performance de Thomas et Estelle qui suivent le rythme du spectacle en live. Cela donne l’impression d’être dans une grande salle de concert ou même un hangar. Et personnellement j’adore !

Pour Marion, cela a demandé une grande réflexion. Depuis 5 ans, la pièce a évolué et elle l’a retravaillée en suivant notre évolution en tant qu’artistes et personnes. Nous sommes une famille dont chaque membre est en pleine recherche théâtrale dans chacune de nos disciplines.

Nous ajoutons également le travail avec l’inconscient du spectateur. Pour cela, une multitude d’espaces est créée. Nos corps permettent une très grande physiqualité. L’impro-chorégraphie a été l’une des compétences majeures à travailler. En effet, Esther est capable de s’adapter à chacun des interprètes ainsi qu’à leur façon de bouger pour leur permettre une improvisation. C’est une grande performance pour eux. Ils apprennent beaucoup de vocabulaire et travaillent l’hypnose avec Esther afin de créer un état au présent.

Résumer la résidence en 1 mot 

C’est la dernière des dernières, c’est très puissant pour nous.

Les prochaines apparitions d'(ÂME) SOEUR

Nous vous retrouverons le 17 février 2022 au Point d’Eau pour la sortie de résidence ainsi que sur la prochaine saison 2022/2023 !

Nous serons présents le 10 mars 2022 à Bischwiller ainsi que début avril dans la salle Europe à Colmar, à l’Espace 110 à l’Illzach.

Nous souhaiterions de plus nous diriger vers des festivals pluridisciplinaires du côté de la Belgique, de la Suisse et de l’Allemagne.

Nous avons hâte de voir les réactions du public ainsi que les conseils à la sortie !

Portrait réalisé par Eva Laubacher