Médiation Culturelle
30 janvier 2021

Fin du 1er stage Révolte, première analyse

APRES COUP – PREMIERE ANALYSE / Jeudi 12 novembre 2020

Quand on conçoit un projet, on cherche à désigner ce qu’on appelle le « public » visé, en l’occurrence ce projet s’adresse à la jeunesse.

Si Edgar Morin, dans les années 60, l’a analysée comme un phénomène d’abord culturel avec l’émergence de la culture « jeune », Pierre Bourdieu lui répondait que « la jeunesse n’est qu’un mot » et non une catégorie sociale car elle est fondamentalement divisée par l’origine sociale.

Je ne sais pas si la quinzaine de jeunes présents sur le stage, étaient représentatifs de la jeunesse, mais j’ai surtout découvert des personnes singulières et uniques.

Ces pré-adolescents ( qui avaient entre 12 et 17 ans ) qui ne sont plus vraiment des enfants et qui ont acquis une autonomie inédite dans la gestion de leurs relation, leurs choix vestimentaires, leur consommation culturelle.…m’ont surpris par leur concentration, leur envie de prendre la parole, d’expérimenter, de partager…Face aux « vieux » que nous sommes – génération malabars et Facebook – ils ont joué le jeu et découverts jour après jour ce dont ils étaient capables…

La jeunesse n’étant pas une catégorie, elle est bien ce passage entre le l’enfance et l’âge adulte, ce qui rejoint notre thématique de l’émancipation. Mais cette période qui était assez brève avant, est devenu de plus en plus longue. On sait les difficultés actuelles de franchir aujourd’hui les seuils qui balisent ce passage : entrée dans la vie professionnelle, accès au logement, à la parentalité…Aujourd’hui de nombreux jeunes dépendent de leurs parents même une fois leur vie active commencée. Quand ils parlent de jeunesse, les sociologues, observent non plus les 15-24 ans mais souvent les 15-29 ans.

Comment réfléchir à la manière d’ouvrir le projet à une tranche d’âge plus étendu ?

De quelle manière ?

Cela pourrait être une piste à explorer en 2021.

La présence des animateurs du Service Jeunesse, qui se sont investis dans le projet et les ateliers, était la bienvenue dans la composition du collectif. Comment associer en tant qu’acteurs du projet ces professionnels de la jeunesse (éducateurs, animateurs, médiateurs, enseignants…) mais aussi d’autres des étudiants par exemple ?

L’art étant cet endroit incroyablement subversif quand il aboli les questions d’âge et d’origine, autour de la création d’un langage commun

Nous doit être le reflet de cette diversité.

C’est pourquoi le lien entre Strasbourg et Metz, où Nadège travaille sur le même texte avec des personnes plus âgées est également une perspective intéressante.

 

Quid des stéréotypes ? La figure du jeune révolté/ génération Zapping

Le conflit générationnel, n’est pas le même aujourd’hui que dans les années 60/70 et pourtant on toujours tendance à voir la révolte du côté de la jeunesse.

Mais s’émanciper n’est pas forcement synonyme de se révolter, il s’agit pour beaucoup de jeunes de trouver leur place, et par là, souvent, de se conformer à des schémas préexistants…qui pourtant aujourd’hui volent en éclat.

Si les médias, rendent très visible cette jeunesse révoltée, à travers par exemple la figure de Greta Thunberg, c’est aussi que cela renvoie une image rassurante pour les adultes.

Cette vision d’une jeunesse révoltée vient flatter l’égo des adultes enclins à croire qu’ils ont permis l’émergence de jeunes mobilisés pour l’intérêt commun.

Ce discours d’une jeunesse à l’avant-garde (engagée, entrepreneuse, mobile, aventureuse… ) qui va nous sauver est très rassurant…mais peut-être très lourd à porter pour les jeunes.

Le journaliste Vincent Cocquebert vient de publier Millénnial Burn-Out, une enquête où il dynamite les stéréotypes dans lesquels on veut enfermer la jeune génération mais pointe aussi le fantasme qui entoure la jeunesse, qui a pour tâche de nous faire rêver, de donner de l’espoir…On attend d’elle qu’elle nous sauve, qu’elle se révolte là où la génération d’avant a laissé-faire. Tout ça pour ne pas voir en face, la fragilité et la situation complexe, dans laquelle elle se trouve. Dans la dépression économique qui s’annonce, comment les jeunes, ce qu’on appelle déjà la génération « Covid » va s’en sortir ? Nul ne le sait.

Hors on voit bien que les derniers changements de société ( mariage pour tous, climat, libération de la parole avec Mee Too….) trouvent du sens et se concrétisent quand ils sont portés collectivement par les différentes classes d’âge.

La jeunesse a une part active à prendre, mais aux côtés des adultes, qui ont eux la responsabilité de la transmission. Dans les portraits dressés j’ai remarqué l’importance dans leur texte de la famille, de l’amitié ( souvent aussi forte que l’amour ) mais aussi une vrai lucidité sur les injustices et un retour pour les filles à un féminisme affirmé.

Cette génération qu’on a surnommée génération Z ( pour Zapping ) est pourtant portée vers des valeurs de continuité et exprime un besoin d’ancrage et d’échange avec les adultes.

Ce qui est intéressant c’est peut-être ce nouveau désir de dialogue, de partage entre les générations, qui était moins présent avant. Et nous pouvons nous même l’appréhender dans notre relation à nos propres enfants.

Cela révèle peut-être une nouvelle aspiration à être ensemble, à plus de solidarité, à une réflexion commune sur le devenir de notre humanité. Peut-être est-ce cela qui est révolutionnaire ?

Si à la fin du stage, chacun a affirmé sa volonté de s’engager dans le projet à long terme, des séances intermédiaires étaient prévues avant le stage de février 2021…celle de novembre ne pourra avoir lieu, peut-être celle de décembre…

Est-ce que ces jeunes se souviendront de leur promesse ? J’ose le croire mais avec cette rupture rien n’est moins sûr…à suivre donc.

Mais ces quatre jours, j’en suis persuadé, resteront dans la mémoire de chacun, comme une bulle d’air, pour traverser cette période confinée où les activités culturelles, les spectacles…ne sont plus possibles.

A très bientôt…