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Portrait de résidence : Cie Quai n°7

Interview réalisée lors de la résidence de la Cie Quai Numéro 7

Synopsis du spectacle « Services » : 

Six femmes arrivent au plateau. Elles sont comédiennes, musiciennes, metteuses en scène, éclairagistes, techniciennes. Le spectacle vient de se terminer et il est temps de nettoyer et démonter celui-ci afin de préparer la représentation du lendemain. Sur scène, un bordel sans nom. Au fur et à mesure du ménage, la question de « qui fait quoi » dans l’équipe va être soulevée, amenant avec elle bon nombre d’autres questions « qui fait et pour qui », « qui fait pour nous », « pour qui faisons-nous »… De leurs échanges et de leurs gestes vont naître des fictions, des jeux de rôle et de masques qui interrogent les rapports dominant.e.s/dominé.e.s, celles qui servent et ceux qui sont servis (ou l’inverse). Pour cela, elles fabriquent du son, des outils, des costumes, des décors à partir des matières d’un spectacle qui doit être «démis» et «remis à neuf» pour une nouvelle représentation. Le plateau à nettoyer devient lieu de rituels cathartiques, voués à mettre en lumière les mécaniques de domination, d’humiliation et d’asservissement qui régissent notre société du «service». Durant ces cérémonies, ces six femmes se réapproprient l’espace du plateau et les objets de ménage et de rangement perdent leur fonction utilitaire pour devenir le temps du jeu : armes, instruments de musique, masques, costumes…Apparaîtront alors, peut-être, les soeurs Papin, deux bonnes qui ont défrayé la chronique dans les années 30 pour avoir assassiné leurs patronnes, mais aussi un livreur Deliveroo, un mari qui n’en branle pas une, une infirmière au bout du rouleau, des caissières qui font du catch, une concierge, une aide à domicile, la nounou des enfants…. Surgiront aussi leurs propres personnes, au-delà de leurs personnages, alors qu’elles font du plateau le lieu de l’expérience d’un modèle qui ne soit plus basé sur la servitude. Certains mécanismes de prise de pouvoir viendront-ils, malgré leurs efforts, rendre la tâche difficile ? 

1 – Présentez-vous en quelques mots 

Je m’appelle Juliette Steiner, je suis metteuse en scène, comédienne et scénographe et je dirige depuis 2016 la compagnie Quai n°7. Je me suis formée à la Haute Ecole des Arts du Rhin ainsi qu’au conservatoire de Colmar, et j’ai construit mon parcours au croisement entre le jeu théâtral, l’installation plastique, la danse et la scénographie. Dans ma pratique et au sein de la compagnie, je fais se rencontrer les imaginaires (corps, scénographie, lumière, objets…) à travers un travail de croisement des spécialités et de leur dramaturgie propre. Chaque spectacle donne lieu à une écriture de plateau dont l’origine est la rencontre entre ces différents matériaux. 

2 – Depuis quand êtes-vous dans ce processus de création ? 

Le travail sur Services a connu plusieurs temps de maturation : nous avons travaillé en équipe réduite sur différentes pistes recherche ; mais cette résidence au Point d’Eau marque le début des répétitions en équipe complète et la première pierre du chemin qui nous mènera jusqu’à la création, à l’automne 2021. 

3 – Quel est l’objet de cette résidence au Point d’Eau ? 

Pour moi, l’objet de cette résidence était avant tout de souder une équipe, de faire se rencontrer les différents imaginaires à travers un premier travail d’improvisations au plateau. 

4 – Quelle a été votre inspiration pour ce spectacle ? 

Ce spectacle est né de ma fascination pour une pièce de Jean Genet, Les Bonnes, dans laquelle deux bonnes lorsque Madame, leur patronne, est absente, mettent en scène son assassinat. Nous ne montons finalement pas ce texte, mais il reste, en filigrane, l’inspiration et le fil conducteur de ce spectacle. 

5 – Quel message voulez-vous faire passer à travers cette création ? 

Il n’y a pas de message à faire passer. Je ne crois pas que le théâtre ait à se positionner à cet endroit. Ce projet propose plutôt d’ouvrir d’autres possibles quant à nos rapports les un.e.s aux autres. Comment inventer un monde de coopération plutôt que de servitude ? Quelles fictions peuvent s’inventer lorsqu’on invite notre imaginaire à prendre sa source ailleurs ? Quelles sont les fils qui nous lient au sein de notre travail de création ? Qui fait pour qui ? Pour qui et pourquoi faisons-nous ? 

6 – Y’a-t-il une technique, compétence ou particularité développée ou mise davantage en valeur dans cette création/résidence ? 

Nous avons axée la résidence aussi sur la mise en commun de savoirs et compétences techniques afin de pouvoir être des relais les unes des autres dans notre travail d’improvisation. Nous avons ainsi abordé la lumière, la prise de son en direct et sa modification, la manipulation de la scénographie et la construction de costumes à partir de différentes matières, le travail de la voix et du corps. 

7 – Si vous deviez résumer votre résidence/création en un mot ? 

Plaisir.

 

=> Retrouvez la compagnie Quai n°7 sur facebook et sur leur site web